Horaires d'été, du 27 juillet au 21 août
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14h45 - 19h30 

par (Libraire)
30 novembre 2020

Le bonheur

" Quand mon état s'est amélioré, j'ai pensé à ce qui avait été le plus beau jour dans ma vie. Je ne pensais pas à l'amour, ni à mes pérégrinations à travers le monde. Je ne pensais pas à mes survols nocturnes d'océans, ni à ma sélection en hockey sur glace dans l'équipe Sparta de Prague. Je repartais vers les ruisseaux, les rivières, les étangs et les barrages à poissons ; je me rendais compte que c'était là ce que j'avais vécu de plus beau. "

Aujourd'hui je voudrais vous faire découvrir un trésor. Ce trésor ce sont les deux ouvrages d'Ota Pavel (1930-1973), traduits et publiés en 2017 et 2018 grâce au patient travail des éditions Do, salué par le Prix Mémorable 2017.
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Ota Pavel, né d'un père juif et d'une mère catholique fut avant d'écrire mineur, représentant de commerce, entraîneur au Sparta Prague et journaliste sportif. Enfin un remarquable pêcheur, passion transmise par son fantasque de père, hableur mais aussi figure de courage, et surtout champion de vente d'aspirateurs et de réfrigérateurs Electrolux dans l'entre-deux-guerres.
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Comment j'ai rencontré les poissons est une sorte de chronique familiale où la figure du père domine, dans le cadre bucolique de la campagne tchèque d'avant l'invasion allemande.
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Une tendresse et une joie de vivre communicative émanent de ces pages malgré les épreuves que cette famille et ce pays auront traversées dans l'histoire. Pas de pathos, pas de fausses notes, aucun misérabilisme trop facile.

Rédigé en hôpital psychiatrique, ces nouvelles d'Ota Pavel possèdent l'humour et l'auto-dérision des grands clowns tristes, célébrant notamment les miracles de la nature.

Martin

" Juste avant Noël, papa fut convoqué au camp de concentration.
La vie était déjà plutôt difficile, maman se lamentait qu'elle ne pourrait pas lui donner grand-chose à emporter.
Deux jours avant son départ, papa pelletait la neige devant la maison. Nous devions alors un impôt au Conseil juif, nous attendions une visite de ce Conseil. Une voiture s'arrêta devant la maison, trois messieurs en civil en descendirent et le premier lança aussitôt :
- Regardez ce miracle, un Juif qui travaille.
Et papa :
- Alors que vous, vous vous la coulez douce.
Et le monsieur :
- Qui croyez-vous que nous sommes ?
Papa les examina, il y en avait un qui avait l'air très juif et il dit :
- On dirait tout le Conseil juif réuni.
Le monsieur estima à son tour que c'en était trop, il sortit son insigne et dit :
- Geheime Staatspolizei.
La gestapo donc, se dit papa et il répondit tout haut :
- Alors salut au Kaiser.
Il avait dû plaire aux agents de la gestapo parce que l'un d'eux, un moustachu, dit :
- Vous n'êtes visiblement pas un dégonflé alors venez nous montrer ces fusils et ces mitraillettes que vous cachez chez vous. "

La mémoire des vaincus

Madrid, 2010. Matias Bran semble bien décider à en finir avec la vie. L'histoire de sa famille tomberait ainsi dans l'oubli et les limbes de l'Histoire.
Mais c'est sans compter une certaine valise qui va révéler ses secrets aux lecteurs.

Ce livre Ier s'intitule Les Usines Weiser (1898-1920) et débute avec l'histoire de Miklos et Orzse Brasz, enfants de paysans hongrois paupérisés. Obligés de fuir la disette, ils atterriront sur l'île Csepel à Budapest et deviendront ouvriers dans une usine d'armement.

Dans ce qui se nomme encore Empire austro-hongrois, ils apprendront la solidarité auprès de leurs camarades de misère en même temps que la lecture dans un certain manifeste...

La Première Guerre Mondiale fera voler une première fois cette belle unanimité de classe, avant que la révolution bolchevique et ses développements avec la République des Conseils de Bela Kun, écrasée par les troupes de l'Entente, ne finissent de disperser nos protagonistes aux quatre coins de l'Europe.

Ne tournons pas autour du pot, voici un texte bouleversant et magnifique de bout en bout. Placé sous le double patronage de Rosa Luxembourg et Walter Benjamin, ce roman, à la manière d'un théâtre d'ombres, invoque les mânes des perdants de l'Histoire, simples ouvriers luttant pour leur dignité, refusant la barbarie de la guerre puis l'humiliation des traités des grandes puissances.

Le classique à lire (un 1er mai) du fond éditorial des excellentes éditions La Contre Allée.

Martin