Ouvert le lundi de 14h30 à 19h30

et du mardi au samedi de 10h à 19h30

par (Libraire)
19 août 2021

Prix Mémorable 2020

Paru initialement en 1962, Et frappe le père à mort, titre inspiré de Shakespeare, est un roman majeur du courant littéraire des angry young men. Ce 5ème titre de l'écrivain John Wain nous place au cœur de l'Angleterre de la 2nde GM. Alfred Coleman est professeur de grec dans une université de province. Marqué par son expérience des tranchées, la vie est faite pour lui de principes et d'un amour de la culture porté au pinacle. Plus de refuge possible dans la religion après la boucherie certes, mais la civilisation du loisir n'a pas encore frappée aux portes du sévère professeur pour qui le travail passe avant le repos. Son fils, Jeremy, a été autant façonné par ce père rigide que par l'absence d'une mère. Il cherche à bien faire mais le piano le ramène inlassablement au jazz, un loisir "pas sérieux". Il décide alors un jour de prendre la clé des champs. La rupture est consommée, Jeremy devra cheminer seul, rencontrant d'autres figures tutélaires, Tim le manager mythomane, et surtout Percy, le jazzmen afro-americain virtuose du trombone. Cette querelle multiseculaire, l'affrontement d'un fils avide de liberté contre son père rigide et autoritaire dépassé par la vitalité de son enfant et par un paradigme de valeurs étranger à la civilisation qui l'a vu naître, se voit ici magnifier par des personnalités complexes refusant de transiger sur leur vision du monde. Ce roman polyphonique sur fond de Blitz et de jazz dans des boîtes de nuit enfumées, de Londres au Paris de St-Germain des Prés, est donc une franche réussite tant dans sa construction, alternant les points de vue d'Alfred, Jeremy et de sa tante Eleanor, que dans son discours prônant la rébellion mais aussi la réconciliation. Martin Le travail des éditions du Typhon vient d'être salué récemment par l'obtention du Prix Memorable qui vise à promouvoir le travail d'éditeurs tirant de l'oubli des textes importants.

Roman

Thomas Giraud

J'ai Lu

7,50
par (Libraire)
19 août 2021

Nouveau départ

" Mais maintenant qu'il écoute Considerant avec sa voix tendue, ses gestes qui construisent l'invisible, bâtissent sur du sable des choses dont rien ne dit qu'elles vont tenir, c'est sûr, il va partir. Il n'entend rien de ce que l'on aurait pu lui dire pour le raisonner. "

Au milieu du XIXeme siècle, Victor Considerant, polytechnicien et disciple du philosophe Charles Fourier, parcourt la France afin de recruter des colons pour son grand projet.
Ce sera Réunion, une utopie communautaire inspirée des phalanstères de Fourier, installée près du village de Dallas, au Texas, sur les terres soit-disant vierges et opulentes du Nouveau Monde.

Cinq ans plus tard il ne restera que des ruines de cette belle idée qui devaient révolutionner la manière dont les hommes allaient vivre et travailler ensemble.

Dans ce troisième roman encore une fois minutieusement documenté, Thomas Giraud imagine grâce aux interstices de l'Histoire ce qu'à pu être la vie de ces colons pendant cinq ans.

Il y a bien sûr Victor Considerant, l'inflexible architecte de papier aimant plus que tout son projet, au point de refuser tout espèce d'accommodements malgré les difficultés qui s'amoncellent.
Il y aussi Leroux, le terrien flegmatique et rêveur, pour qui la venue à Réunion est en soi une réussite, ayant pu s'arracher à son héritage atavique de paysan auvergnat.
Mais les personnages principaux chez Thomas Giraud sont les lieux, Réunion, les objets, les éléments, ce sable qui s'insinue partout, et la manière dont les humains interagissent avec.

Ce roman, à la musicalité entêtante, donnant envie de le relire à haute voix pour mieux en percevoir la force, possède aussi la beauté triste des ruines.
Un roman qui, à notre époque où l'horizon politique semble désespérément bouché, interroge le besoin permanent chez l'homme de se réinventer, en allant vivre ailleurs, autrement.

Martin

" Qui n'y serait pas allé à sa place ? Ce n'était pas un besoin, pas même l'évidence, seulement l'ordre des choses, la rondeur du monde qui lui a dit tu iras."