Jean Meckert : de l'homme écrasé à l'homme révolté.

Jean Meckert : de l'homme écrasé à l'homme révolté.

L'œuvre de Jean Meckert (1910-1995) fait depuis plusieurs années l'objet d'une réédition minutieuse par les éditions Joëlle Losfeld dans sa collection de poche Arcanes, à l'instar d'un autre réfractaire magnifique, Albert Cossery. Né en 1910, c'est à la fin de l'année 1941 que Meckert fait une entrée tonitruante sur la scène littéraire avec son roman Les Coups, unanimement salué par André Gide, Roger Martin du Gard et Raymond Queneau.

Ses premiers romans décrivent le quotidien morne et répétitif d'hommes issus des classes populaires (mécanicien ou petit fonctionnaire) englués dans la solitude et l'ennui des grandes villes et incapables de verbaliser des pensées dont le lecteur se plaît à découvrir la richesse. Ses romans suivants s'attacheront à développer des personnages plus positifs, non plus écrasés sous le poids des mots qu'ils ne maîtrisent pas mais en révolte contre toutes les institutions de l'époque, que ce soit la Justice, l'Armée ou l'Administration.

Profondément rétif à toute sortes de mondanités littéraires, les ventes de ses romans ne décolleront jamais. Marcel Duhamel, admiratif de la vivacité de ses dialogues et de sa capacité à faire vivre des personnages issus de milieux populaires, l'invite à intégrer la jeune Série Noire sous le pseudonyme de John Amila (sic) puis Jean Amila pour y écrire des romans noirs à la façon des américains de l'époque. Il en publiera au total une vingtaine, devenant un des maîtres du genre selon Jean-Patrick Manchette et Didier Daeninckx, au point que Jean Amila éclipsera Meckert dans l'esprit des lecteurs. Jean Meckert meurt en 1995.