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Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Mémoires d'un village meurtri

Marchialy

19,00
Conseillé par (Libraire)
6 mai 2024

Les secrets d'un village

Bien plus qu'un reportage, aussi émouvant qu'intriguant, ce livre vous emmène dans un petit village de Champagne, dans un EHPAD où d'étranges phénomènes se produisent. Des résidents et des soignants voient apparaître deux petites filles espiègles, évanescentes et trempées, courant dans les couloirs, se réfugiant sous les draps des pensionnaires. Hallucination ? Délire de la fin de vie ? Mais justement, dans ce même village, en 1978, deux sœurs ont bien été retrouvées noyées dans un trou d'eau...

Il n'en faut pas plus à la journaliste Manon Gauthier-Faure pour se rendre sur place et mener l'enquête. Et c'est là que les problèmes commencent, car dans cette communauté, tant d'années après les faits, plus personne ne semble se souvenir de rien.

Ce livre raconte, à la première personne, deux ans d'une enquête passionnante, où le surnaturel est beaucoup moins intéressant que la réalité sociale de ce petit patelin, comme il en existe des milliers en France, avec ses rumeurs, ses préjugés, et sa mémoire sélective.

Manon Gauthier-Faure accomplit là un travail essentiel, qui va à rebours du journalisme actuel. Plutôt que de céder au sensationnel, elle écoute les gens, elle s'intéresse à leur vie, elle prend le temps, et elle construit un récit à hauteur d'hommes et de femmes, qui n'oublie pas le surnaturel, mais qui lui donne une profondeur nouvelle. Ainsi, elle écrit un livre véritablement fantastique.

Lennon Ferdia

Buchet-Chastel

23,00
Conseillé par (Libraire)
6 mai 2024

Honneur aux vaincus

"Pour lui, le monde était une chose blessée que seules les histoires pouvaient soigner."
Il est rare qu'on ait envie de commencer à parler d'un livre en citant la dernière phrase. Et pourtant, cette fois, c'est particulièrement approprié, et en plus, ça ne vous gâchera aucunement l'intrigue.
Imaginez.
Vous êtes au Ve siècle av J-C, à Syracuse. Là-bas, on boit beaucoup de vin, on déteste les Athéniens, mais on adore leur théâtre, surtout les pièces d'Euripide.
Dans ce roman tragicomico-historique, l'Irlandais Ferdia Lennon met en scène des personnages burlesques, possédés par l'amour de l'art, prêts à risquer leur vie pour monter un bon spectacle : "Médée", et surtout "Les Troyennes", cette mystérieuse dernière pièce du maître dramaturge que personne n'a jamais entendue en Sicile.
Tout au long du périple artistique des deux héros, compères branquignoles et attachants, l'auteur déploie une langue truculente, volontiers grivoise, et nous balade entre des docks mal famés, des carrières transformées en prison et des tripots où l'on trouve encore une chaise dans laquelle se serait assis le grand Homère.
Il y a de l'amour, du rire et aussi de l'amertume dans ce texte qui peut se lire comme une ode à la poésie et à l'Humanité, celle qui nous fait voir, dans les ennemis d'hier, malgré la peine et la colère, les amis de demain.

Conseillé par (Libraire)
2 avril 2024

Escargots dans le couloir

Entre la fantasmagorie de l'enfance et les divagations de la vieillesse, y-a-t-il vraiment un moment de la vie où nous sommes lucides ? Non, répond Claudio Morandini, avec ce roman qui peut se lire comme une succession de nouvelles, tour à tour cocasses, mystérieuses ou nostalgiques, retraçant la vie d'un homme devenu poète à force de décevoir ses parents (ou bien est-ce l'inverse).

Depuis les souvenirs des nuits passées chez sa grand-mère, gentille sorcière dont les escargots échappés de la marmite rampent dans le couloir, jusqu'aux étranges guetteurs des toits qu'il rejoint chaque soir, le narrateur vous fera découvrir un monde derrière le monde, et vous ne saurez jamais si ce qu'il vous raconte est réel ou imaginaire. Mais n'en est-il pas de même pour tous les souvenirs ?

Le fantastique s'immisce par tous les pores de ce récit, beau et humain, où la seule vérité, peut-être, réside dans le regard pénétrant d'une petite fille de cinq ans.

"Choses, bêtes et prodiges" est de ces livres précieux qui, avec les armes du conte, parviennent à parler du réel mieux que n'importe quel documentaire.
Une merveille de réalisme magique traduite de l'italien par Laura Brignon.

Albin Michel

23,90
Conseillé par (Libraire)
28 février 2024

Sur la route

Explorant à nouveau ses thèmes de prédilection, la filiation, la famille, l'identité, le romancier nous projette dans une Amérique dévastée par l'abandon des institutions, désertique, violente, où règne la loi du plus fort et du plus roublard.

Ce qui frappe dans ce livre, c'est la voix, omniprésente, de Bill, héros solitaire, âme perdue à la recherche d'une oasis de paix dans le marasme du présent. C'est une voix douce, pacifique, aimante, malgré les épreuves subies et les exactions commises, une voix d'enfant en quête d'affection dans un corps de mercenaire impitoyable.
Dans ce futur que Chaon nous promet, il ne faut pas s'attacher, il ne faut pas aimer, sous peine d'être violemment utilisé. Et pourtant, Bill veut croire à cette voix, au bout du fil, qui lui dit qu'elle est sa fille biologique.

Ainsi commence une aventure pleine de rebondissements et d'action, un roman bourré d'imagination et de trouvailles (chapeau bas au Pictie-Pet, drone miniature qui vous suit en permanence et poste des photos de vos faits et geste sur vos réseaux sociaux), un roman échevelé, une course contre la montre, une fuite en avant, qui réussit le tour de force d'être en même temps une discussion intime entre un père et sa fille.

John Burnside

Anne-Marie Métailié

11,50
Conseillé par (Libraire)
3 février 2024

Métaphore noire

Un roman à la fois subtil et puissant qui se déplie comme la métaphore noire de notre monde : corrompu, abandonné, et où tous les espoirs reposent sur des enfants bien plus lucides que leurs aînés. Une écriture lumineuse pour peindre avec finesse un paysage tout en clair-obscur. Avant d'écrire des romans, John Burnside se livrait à la poésie, et dans chacune de ses phrases souffle l'expérience du poète, dans la structure aussi de son roman, inclassable, qui démarre comme un polar mais dont l'intrigue policière s'avère finalement secondaire. Peu importe qui enlève ces enfants; ce qui intéresse l'auteur, c'est le sentiment pesant que les enlèvements engendrent dans la communauté ado. Qui sera le suivant ? Moi ? Et depuis longtemps, aucun adulte n'est en mesure de venir en aide à qui que ce soit, ni les parents, rendus malades par la pollution de l'usine chimique, Vésuve métallique qui même éteint menace encore toute vie, ni le seul agent de police de la ville, grand enfant lui-même probablement recruté pour ça. C'est un roman lancinant, qui décrit un monde sombre, fantôme de lui-même, mais sous les cendres duquel reposent les plus belles pépites.