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Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Jacques Richard

Editions Lamiroy

par
30 juillet 2021

Claude et Simon sont jumeaux. Ils aiment la bonne chère. Leur cuisine est un lieu que leur envierait bien des cuisiniers. Eux, ils y passent du temps à préparer des plats avec des produits frais, des produits très particuliers.

Volontairement court, mon résumé doit mettre à la fois en appétit et en éveil les doutes de chacun.

Jacques Richard écrit là,une nouvelle troublante et dérangeante qui m'a laissé un petit goût de "Oh non pas ça" - c'est le titre de ma sextape, comme dit Jake Peralta dans Brooklyn nine-nine (humour crétin assumé). Le titre est déjà énigmatique, un poil machiste sans doute, mais tout s'expliquera.

Bien écrit, assez classe même par moments, ce qui colle à une certaine aristocratie des jumeaux, à leur goût des belles et bonnes choses. Jacques Richard ne se prive pas de quelque bon mot : "Il faudrait à ce stade les décrire un peu, en tracer un de ces portraits balzaciens qu'on saute après trois lignes." (p.6). Il n'a pas tout à fait tort, Balzac, c'est parfois un peu long...

Même si le texte met parfois mal-à-l'aise, jamais je n'ai eu l'envie de le quitter, je voulais savoir jusqu'où l'auteur allait nous emmener et je ne suis pas déçu. Nouvelle parue dans la collection Opuscule.

Josiane Lion

Editions Lamiroy

par
30 juillet 2021

François Dubreil est un homme paisible, à la vie tranquille, marié, un travail qui l'intéresse. Sauf que depuis quelque temps, il est en proie à des cauchemars puis des visions : il voit tous les gens qui l'entourent comme des insectes. de grosses guêpes, des araignées, des cafards, ce qui lui pose un réel problème relationnel surtout lorsqu'il veut supprimer ces fameux insectes.

Étrange cette nouvelle, fantastique au titre explicite, l'imago étant la forme définitive de l'insecte adulte sexué. On connaissait le héros qui se transforme en bébête, mais pas celui qui voit tous les autres comme tels et qui s'attaque à eux. Josiane Lion décrit la folie qui prend un homme, on ne sait pourquoi. Ses délires, son internement. C'est tellement énorme que ça peut en devenir drôle.

Les nouvelles publiées par Lamiroy se suivent et ne se ressemblent pas du tout et ça c'est une excellent chose. Icelle débute ainsi : "François s'éveilla en sursaut, afin d'échapper au cauchemar épouvantable qui venait de troubler son sommeil. Couvert de sueur, il resta un long moment désorienté dans l'obcurité profonde de la chambre." (p.5)

par
30 juillet 2021

Dans ce pamphlet écrit en 1949 et publié l'année suivante, Julien Gracq est particulièrement féroce avec le milieu littéraire parisien, les écrivains, les éditeurs et les critiques. L'écrivain à peine "reconnu" va "donner le spectacle pénible d'une rosse efflanquée essayant de soulever lugubrement sa croupe au milieu d'une pétarade théâtrale de fouets de cirque -rien à faire ; un tour de piste suffit, il sent l'écurie comme pas un, il court maintenant à sa mangeoire ; il n'est plus bon qu'à radioter, à fourrer dans un jury littéraire où à son tour il couvera l'an prochain quelque nouveau "poulain" aux jambes molles et aux dents longues." (p.18) Il est aussi impitoyable avec les écrivains établis qui se comportent comme des "fonctionnaires" de l'écriture, produisant chaque année leur livre sans vraiment changer la formule qui les a fait connaître, sans prendre de risques que l'on finira sans doute par lire tant leurs noms sont martelés : "On y cède à la fin ; il y a des places enviables en littérature qui se distribuent comme ces portefeuilles ministériels échoués aux mains de candidats que rien ne désigne, sinon le fait qu'"ils sont toujours là" [...] De même que l'éditeur sait qu'après un premier livre, inévitablement -bon an, mal an- il en viendra un autre, lui [l'écrivain une fois édité] considère paisiblement qu'il a passé un contrat à vie avec le public..." (p.35/36/37)

Gracq n'égratigne pas uniquement l'écrivain, il n'est pas tendre avec la critique ni avec le public qui, en France, où il y a toujours eu des salons, parle beaucoup de littérature, s'écoute parfois parler, pérorer en société autour du dernier écrivain à la mode adoubé par le monde de la littérature. Il y est souvent plus question de parader que de parler de ses goûts, des sensations ressenties à la lecture de tel ou tel ouvrage, c'est cela que Gracq nomme "La littérature à l'estomac". Écrit en 1950, ce pamphlet peut faire un peu daté, et pourtant, il est intéressant de le lire maintenant et de tenter d'y voir en quoi il est toujours d'actualité. Il fut l'objet de pas mal de commentaires acerbes du monde littéraire, jugeant Gracq élitiste -ce qu'il est effectivement, tant dans ses goûts pas toujours les plus aisés à aborder : Lautréamont, Barbey d'Aurevilly, Robert Margerit, Ernst Jünger, mais aussi Edgar Allan Poe ou Rimbaud... que dans son écriture, pas toujours simple.

Publié chez José Corti, comme tous les livres de Gracq, il m'a fallu -quel plaisir !- couper les pages, comme je l'avais fait pour mon premier Gracq, Au château d'Argol et pour le sublime Le rivage des Syrtes pour lequel il reçut le Prix Goncourt en 1951 qu'il refusa, fidèle à ce qu'il écrivit dans ce pamphlet. Lorsqu'on voit la foire d'empoigne qu'est devenue ce prix et la course à tous les autres prix, peut-on lui donner tort ?

par
30 juillet 2021

Pour lire les enquêtes de Wallander, il faut être en bonne santé mentale, pas trop déprimé et prêt à encaisser, car on est loin d'une comédie policière. Particulièrement ce sixième tome, très noir, autant dans la série de meurtres et le contexte dans lesquels elle survient que dans la vie de Kurt, qui, la cinquantaine approchant, se pose pas mal de questions.

Pour moi, cette série reste ce que l'on fait de mieux dans le genre policier qui raconte également la société. Henning Mankell parle de la Suède, de son évolution et plus globalement de toute la société qui tend vers l'individualisme, la consommation sans penser aux conséquences. Lisant cela en 2021, je pourrais me dire que c'est facile à dire, sauf que Mankell a écrit ce livre en 1996, et moi de me dire qu'il a bien flairé l'évolution : haine du flic, haine de l'étranger coupable de tous les maux, individualisme, œil pour œil, changement de la violence qui s'exacerbe, des comportements inadaptés qui augmentent... C'est cela que j'aime bien dans les polars avec Kurt Wallander, c'est que l'écrivain scrute la société dans laquelle il vit, les hommes qui l'habitent ; ses personnages ne sont pas des héros, ils sont humains, fragiles et forts, en proie aux doutes, aux peurs.

Et si l'on ne s'intéresse qu'à l'intrigue -bon, d'abord ce serait une grosse erreur- mais ensuite, ce n'est pas un problème, car Henning Mankell montre le travail harassant, fastidieux et parfois peu payant des flics pour trouver un indice, un fil à tirer qui les mènera vers la solution ou vers une fausse piste. Sans doute encore davantage que dans les autres enquêtes, Kurt Wallander et son équipe piétinent, ne savent pas par quel bout commencer. Il leur faudra de la patience, du travail et un poil de l'intuition de Kurt Wallander pour trouver enfin la bonne voie, mais jusqu'au bout, le doute est permis. Presque 600 pages qui passent à une vitesse folle, passionnantes.

Guy Lerbut

Gilles Guillon

13,00
par
30 juillet 2021

Guy Lerbut n'est pas un auteur prolixe puisque en vingt ans c'est son deuxième roman policier avec Benjamin Docer en enquêteur. Désormais marié, deux enfants et chef d'entreprise, son héros est un homme actif dans tout ce qu'il touche, méticuleux et professionnel. Le roman l'est aussi, parfois trop sans doute, les détails fourmillent, très précis, ce qui peut être un bon point mais parfois aussi un peu agaçant. Mais hormis ce bémol, les aventures de Benjamin et de ses proches, Olivia sa femme notamment sont très plaisantes. Le contexte du camp de naturistes n'est pas là pour émoustiller mais permet de parler posément de cette pratique sans complexe. Bon, perso, ça ne me tente pas, mais chacun est libre.

Quant à l'enquête, elle avance doucement, car les suspects sont très nombreux, la victime n'était pas un homme aux relations simples et apaisées. Plus Benjamin creuse, plus il apprend des choses sur Antonin qu'il pensait pourtant connaître et plus le lecteur se laisse porter abandonnant l'idée de trouver avant l'enquêteur. La lenteur est aussi le fait de son travail d'entrepreneur qui ne lui laisse que les ouiquendes et les vacances pour faire des recherches et rencontrer les suspects.

Pas mal du tout donc ce polar paru chez Gilles Guillon qui fera passer le temps maussade de ce début d'été et le beau temps attendu des jours qui viennent.