A partir du 17 décembre, seuls les ouvrages indiqués d'un point vert (en stock)  pourront être disponibles pour Noel, avec le retrait en magasin.

Françoise

http://claraetlesmots.blogspot.fr/

Une lectrice du bout du monde (ou presque) qui aime la vie et forcément les livres. Et un blog où je partage quelquefois mes lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Olga
19,00
16 janvier 2019

Après le décès de ses parents, Olga doit quitter la Sibérie pour suivre sa grand-mère paternelle, une femme dure au cœur sec, en Poméranie. Elle se lie d’amitié avec Herbert et Viktoria, les enfants d’un riche industriel. Elle et Herbert tombent amoureux mais sa condition très modeste est un frein pour la famille d’Herbert.

Nous sommes au début du XXème siècle. Olga est déterminée à devenir institutrice et elle le devient en surmontant bien des difficultés. Assoiffé d'immensité, Herbert s'engage dans l'armée pour combattre en Afrique. Il en reviendra toujours assoiffé de conquêtes. Puis ce sera l'Argentine et une expédition à destination de l'Arctique qui doit être la première à franchir le Passage Nord-Est. Pendant ce temps, Olga trompe l'attente et la solitude en s'occupant en plus de son travail du jeune Eik, l'enfant de voisins. Mais les mois se transforment en années, et elle n'a toujours aucune nouvelle d'Herbert...

Je n’en dirai pas plus sur l’histoire sauf que la dernière partie est riche en surprises et en émotions. À travers la vie d’Olga, Bernard Schlink retrace l'histoire de l'Allemagne sur plus d'un siècle avec ses rêves de grandeur, ses fantasmes de domination et de puissance. Un beau portrait d’une femme forte et intelligente bousculée par l’Histoire et par les fantasmes de grandeur des hommes. C'est subtil et élégant !

L'Amérique derrière moi

Desplanques, Erwan

L'Olivier

16,00
7 janvier 2019

"Mon père ouvrit une bouteille de champagne pour nous annoncer la nouvelle. Avec calme, sans gravité. Un cancer du poumon, stade quatre." Deux jours plus tard, l’auteur apprend qu’il va être papa dans quelques mois. Dans cet interstice émotionnel où l’arrivée du futur évènement devrait le combler de joie, il lui faut se préparer au pire.

L’occasion pour lui de retracer son enfance marquée par l’admiration sans bornes de ce père pour les États-Unis. Une fascination excessive tout comme l'était son père qui allait même jusqu'à porter porter des chaussettes avec le dessin de la Maison Blanche ou à acheter des vêtements de l'armée américaine pour lui et pour ses fils. En remontant l'histoire familiale, on découvre que la passion irraisonnée de son père est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
L'ensemble du récit oscille entre la comédie (tant ses parents formaient un couple détonnant et étonnant), la tendresse et la lucidité dont l’auteur fait part. "Mon grand-père maternel s'était engagé dans l'armée à dix-neuf ans, mon père à dix-huit. La premier avait été autant marqué par la guerre que le second par son absence. Ma famille s'était bâtie sur cette double fêlure, celle d'une guerre subie et d'une guerre réclamée, et je me voyais comme un dommage collatéral, conscient d'avoir devant lui un écheveau à résoudre et une mémoire à porter. "

C'est fluide car Erwan Desplanques a su trouver la distance qu’il fallait. Le lecteur se sent proche sans être voyeuriste. ll y a une telle puissance dans la description des moments qui suivent la mort de son père que j’ai eu la gorge serrée d’émotions.
Du début à la fin, c’est beau, élégant, pudique sans jamais être larmoyant et les dernières pages sont intenses ( je n'en dis pas plus sauf que le titre y prend toute sa signification).
Un livre tout simplement sobre, sensible et tout en pudeur. J’ai vibré. Et si la première rencontre avec cet auteur m'avait déçue ("Si j'y suis") et bien là, c'est tout l'inverse.

"Ma mère m’avait appris à parler pour rien, à parler dans le vide, à parler pour deux ou pour trois. Trop parler est une autre forme de défense. Comme écrire ou chanter. Une voix parallèle."

Cinq femmes chinoises
19 décembre 2018

Malgré le titre, il ne s’agit pas de nouvelles mais d’un roman qui met en scène cinq femmes chinoises . Elles sont amies, de la même famille ou encore vont être amenées à se rencontrer par le biais du travail. Toutes ont fait des sacrifices. Femmes battantes et courageuses qui ont souvent serré des dents face aux mauvais coups d’un père ou d’un mari, du destin. Elles ont laissé derrière elles une enfance difficile souvent synonyme de pauvreté et quelquefois un enfant.

Ce roman choral est écrit au couteau. Avec une écriture concise quelquefois même un peu sèche, Chantal Pelletier va droit au but et les phrases claquent.
Ces femmes veulent s'affranchir de leur passé, gagner plus, être libres d’aimer une autre femme, être considérées pour ce qu’elles ont bâti ou accompli. À travers ces histoires imbriquées sur des période différentes, elle nous dépeint également sans concession ce pays en pleine mutation avec ses changements politiques, économiques et sociaux.

Des ascensions vertigineuses loin d'êtres simples ou simplistes, totalement prenantes. Le réalisme qui s'en dégage est frappant.
Un livre lu d'une traite que j’ai beaucoup, beaucoup aimé. C’est une très belle découverte.

Présumée disparue
17 décembre 2018

À presque quarante ans, Manon Bradshaw, officier de police dans le nord de Londres, est accro à son boulot. Mais pas que. Elle cherche aussi l’âme sœur sur Internet et enchaîne des rencontres décevantes. Quand la disparition d’Edith Hind, une étudiante de Cambridge, est signalée, elle est mise sur l’affaire.

L’enquête s’annonce compliquée avec comme seuls indices du verre brisé et des traces de sang dans son appartement. Ni son petit ami ni ses parents ne savent rien. Manon et son collègue Davy découvrent que la jeune fille, bien qu'issue d'un milieu aisé (le père est médecin de la famille royale et fréquente des politiques), a une vie moins lisse qu’il n’y paraît.

Dans ce polar polyphonique rondement mené avec des pointes d’humour, l’auteure s’attache à décrire les personnalités. Elle gratte le vernis des apparences et pointe également les faiblesses d'un système policier en manque de moyens. Mention spéciale pour le personnage de Manon un peu gaffeuse, qui sait faire preuve d'auto-dérision et tendrement attachante avec ses failles.
Pas de rebondissements à foison mais j’ai été ferrée par ce qui gravite autour de l'enquête et tout s'enchaîne sans temps mort. Mission accomplie pour ce thriller.

"Si elle était sincère, son profil afficherait plutôt : Misanthrope, avec un œil rivé au fond du gouffre du célibat. Tendance exaspérante à chercher la faute chez autrui. Exhale des RDD (Relents De Désespoir). Vit dans une galaxie infinie de solitude. Études : niveau intimidant. Prête à la cacher toutefois. Sujette aux crises de larmes. Souvent, se retrouve à googler : « Faire un enfant à 40 ans ». Recherche : philanthrope amateur de lecture, avec formation en psychothérapie, qui sache monter des étagères."

Maîtres et esclaves
14 décembre 2018

Dans la campagne du Sichuan en Chine, Kewei voit le jour 1950. Enfant unique d’un couple de paysans, il est attiré très jeune par le dessin comme son père. Mais pour sa mère dans cette Chine rurale, il n’est pas question que son fils s’adonne à sa passion. Et pourtant, Kewei va intégrer les Beaux-Arts à Pékin car son talent a été remarqué par un garde rouge.

À travers ce roman, on suit le destin de Kewei, de sa famille mais surtout on est immergé dans la Chine sous Mao Zedong. D’abord peintre pour le régime, il devient lui-même un de ceux qui valide ou censure les œuvres d'arts au service de la propagande du parti. Au gré des luttes intestines du pouvoir, sa côte de popularité fluctue et pour s'assurer un avenir, il rejoint le parti. Kewei veut inculquer à son fils les valeurs et les principes dictés qu'il a lui-même embrassés par force. Un fils qui s'élèvera contre le Parti communiste chinois et contre son père.

Les idéologies, le régime totalitaire, la peur, les dénonciations, l’asservissement, tout est détaillé et raconté avec force et puissance tout comme les conséquences de la Révolution culturelle.

Il s'agit d'un roman dense et touffu mais passionnant ! Alors oui il y a quelques petites longueurs (liées aux événement politiques) et une histoire d’amour naissante dont je me serais bien passée mais j'ai vraiment aimé ce livre foisonnant. Paul Greveillac rend à merveille la vie de cet homme soumis à l’Histoire de son pays et il nous interpelle sur l’utilisation détournée de l’Art à des fins politiques.
L'auteur sait jouer de touches poétiques comme de formulations plus cinglantes pour nous captiver et c’est réussi.

" Li Fang, plus timide que jamais, était heureuse. Si l'on définit le bonheur comme un état de satisfaction matérielle et de gratification sociale. Si, le bonheur, c'est d'être un petit chien qu'on caresse, qu'on gâte, et qui sait rester à sa place."

"Sur Tian'anmen, de jour comme de nuit, le carnaval battait son plein. Partout, on avait dressé des tentes. La grande place était devenue la cour des miracles de la révolution. La centrifugeuse de la contestation du monde. Le cœur de la passion politique."