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Librairie N.

par (Libraire)
23 septembre 2015

Dédale dément

Avec le Jardin des sept crépuscules, le Catalan Miquel de Palol nous irradie d’une pure folie architectonique. Une myriade de romans peuplent ce monument paru en 1989 et pour la première fois publié en France. Merci Zulma.

Un verre de cognac à la main, vous voilà confortablement installé dans un fastueux salon. Entouré des puissants de ce monde, vous êtes à l’abri dans un château recelant une foule de mystères. Dehors, c’est la guerre nucléaire. Il ne vous reste qu’à écouter les histoires de ces hommes pour entrer au sein du Jardin des sept crépuscules, cet immense coup de folie romanesque.


En 2013, Phrixos le fou (Zulma), puis A bord du Googol un an plus tard, nous donnaient à lire les cinq premières des sept journées passées en compagnie de cette communauté sibylline. S’y déployait déjà un labyrinthe déroutant de récits, qui nous attirait imperceptiblement vers l’intrigue centrale, celle par laquelle l’apocalypse arriva : l’histoire de la toute puissante banque Mir, en proie à une lutte de succession sans pitié, et de l’inestimable pierre précieuse qu’elle protège. Tapi dans l’ombre, l’insaisissable Oméga semblait tirer le moindre fil narratif.

Aujourd’hui sort enfin, sous forme d’intégrale, la suite et fin de ce pur chef-d’œuvre : les histoires reprennent, s’entremêlent, échafaudent peu à peu un hyper-roman d’une portée inouïe. Nous embarquerons à nouveau à bord du Googol, ce navire ultra sophistiqué commandé par l’Institut, un nébuleux service d’espionnage. Une chasse aux pirates maniant des sabres laser, une secte proposant à ses membres des façons toujours plus innovantes de se tuer, de complexes manipulations politiques, des fulgurances philosophiques, des revirements ébouriffants, de la poésie, du cul… Et cet énigmatique jardin qui s’annonce comme la clef de voûte de l’œuvre. L’imaginaire est sans limite, l’intrication des récits constante, la virtuosité vertigineuse, l’humour omniprésent. Et à chaque instant, le dénouement se dérobe quand il semble à portée. Au lecteur d’accepter d’être malmené, éprouvé, consterné parfois, tant Palol s’amuse à nous égarer dans son dédale dément.

Jonas Lüscher

Autrement

17,50
par (Libraire)
14 septembre 2015

Satire dans le désert

Premier roman récompensé par le prix Franz-Hessel en 2014, Le printemps des barbares est l’une des belles surprises de cette rentrée : un texte grinçant et décalé, d’une acuité jubilatoire sur la barbarie à prévoir.

Preising, héritier d’une fructueuse entreprise de télécommunication, aime assortir son pantalon de velours d’une veste en tweed. Plus encore, candide et profondément inadapté au monde qui l’entoure, il se complait dans l’inaction la plus totale.
Notre antihéros, dont nous ne serons jamais fixés sur la sanité d’esprit, a toutefois une histoire à raconter : « Une histoire dont on peut tirer quelques enseignements. Une histoire pleine de rebondissements incroyables, de périlleuses aventures et de tentations exotiques. » Déambulant avec lui dans le jardin d’une « maison de repos », nous voilà entrés dans une satire philosophique espiègle et cocasse.

Comme à chaque fois qu’une décision importante est à prendre, Preising a été « envoyé en vacances » par son bras droit, cette fois dans un riche hôtel du désert tunisien. À son grand désarroi, s’y trouve déjà toute une faune de jeunes traders de la City, venue festoyer dans une exubérance éhontée en l’honneur du mariage d’un des leurs. Dans l’air aride, une catastrophe semble imminente. Elle prendra la forme de l’effondrement radical du système bancaire anglais : désormais insolvables, les jeunes financiers se retrouvent prisonniers de leur exotique décor.
Ce sera l’explosion de feu et de sang : grotesque, outrancière et jubilatoire. Où quand les maîtres du monde se voient livrés à la loi de la jungle. Avec une plume raffinée et une ironie magistrale, Jonas Lüscher compose un roman décalé, mordant d’intelligence et d’acuité sur notre époque, à base de courses-poursuites dans le désert, de divagations sociologiques et de dromadaire farci. Plus loin, une interrogation sur la barbarie qui ne manquera pas d’arriver : sera-t-elle source de folie destructrice ou de génie créatif ? Ici, nom d’un chameau, la réponse est toute trouvée !