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Librairie N.

138 femmes de lettres oubliées

Table Ronde

22,00
par (Libraire)
30 novembre 2020

Invisibilisées

Après Une forêt cachée publié en 2013, dédié pour une large part à des auteurs injustement tombé dans l'oubli, Éric Dussert répare lui-même cette injustice en proposant 138 notices biographiques qui sont autant de portraits d'autrices d'un intérêt majeur.

D'Anne Commene la Byzantine à Charlotte Dacre la pionnière des romancières gothiques, de la belge Neel Doorf que la pauvreté révolta, de la bourlingueuse Martha Gellhorn à Patricia Galvao la communiste brésilienne, l'auteur dresse un panorama riche et varié à travers les époques et les continents, évitant ainsi l'écueil de l'ethnocentrisme.

Femmes de pouvoir, aristocrates tenant salons, exploratrices dans le sillage de la colonisation ou autrices professionnelles vivant de leur plume sous leur vrai nom, chacune de ces femmes a marqué son époque avant de sombrer dans l'oubli, au point que l'on constate souvent que leurs textes sont indisponibles (voir perdus).

En exhumant ces vies et ces œuvres par un patient travail d'enquête littéraire, Éric Dussert fait œuvre d'honnête homme et vient réparer un oubli scandaleux en même temps qu'il nous laisse une mine précieuse de lectures potentielles pour l'avenir, à compulser régulièrement.

Martin

La Contre Allée

12,00
par (Libraire)
30 novembre 2020

Dans les entrailles du capitalisme

Dans le cadre d'une résidence littéraire, Maylis de Kerangal, l'autrice de Naissance d'un pont, s'est envolée pour Kiruna, en Laponie suédoise. Ce territoire désigne à la fois la plus grande mine de fer de au monde et la ville qui en dépend.

"J'ai voulu descendre dans la mine, passer la tête sous la peau de la planète comme on passe la tête sous la surface de la mer afin d'entrer dans une autre réalité aussi déterminante et invisible que l'est l'intérieur du corps humain. J'ai voulu vivre cette expérience, j'ai voulu l'écrire : je suis partie à Kiruna. "

Relatant ses impressions et ses rencontres dans ce carnet de bord, elle interroge la relation d'interdépendance entre la ville et la mine à travers les époques, un site industriel au besoin de main-d'œuvre toujours constant pour fouiller plus profondément la terre.

" Aujourd'hui, la zone de travail de la mine descend à 1365m de profondeur, distance calculée depuis le sommet de la Kiirunavaara."

Dans la veine de la narrative non-fiction, Maylis de Kerangal dévoile avec brio la conjonction entre le développement du capitalisme industriel et l'aventure individuel qui ont contribué à façonner ce gigantesque gouffre en activité depuis plus d'un siècle et menaçant aujourd'hui d'engloutir la ville de Kiruna au point de nécessiter son déménagement.

Elle dresse aussi une galerie de portraits féminins épatants, d'Ing-Marie la foreure de mine à Alice la géologue française, pointant l'ambivalence de la mine dévoreuse de chairs autant que facteur d'émancipation.

Un texte passionnant que j'ai lu d'une traite, tant j'ai été embarqué par l'enquête étourdissante de cette autrice dont le talent pour l'exploration et la description de lieux à la forte charge symbolique est ici éclatant.

Martin

" Depuis quelques années, les Sàmis multiplient les mouvements de protestation, et dénoncent la mainmise économique et politique de LKAB sur leur territoire. À rebours de la première mondiale fascinante vantée dans les médias, ils voient le déménagement de Kiruna comme une conséquence sinistre de la prolifération minière et de la pression ultralibérale que connaît la région. La preuve topographique que l'on est ici dans l'une des ruines du capitalisme. "

Heinz, Wilfried Charles

Monsieur Toussaint Louverture

24,00
par (Libraire)
30 novembre 2020

Un noble art

Frank Hughes est journaliste sportif. Pendant un mois il va suivre Eddie Brown, boxeur poids moyen professionnel, de sa préparation jusqu'au combat pour le titre de champion du monde.
Des entraînements de boxe aux repas pris en commun, Frank Hughes va complètement s'immerger auprès d'Eddie Brown et de son équipe, recueillir leurs confidences et tenter de saisir la particularité de ce boxeur. Sourd à tout autre enjeu, inlassablement ce dernier s'entraîne.

" J'ai déjà pensé à raccrocher.
- Pour de bon ?
- Je ne sais pas. Certains après-midi, en sortant de la salle, je me disais que j'allais tout plaquer. Faut me comprendre, Doc était tout le temps sur mon dos, j'avais l'impression d'arriver à rien et je le détestais, lui et tout le reste.
- Je peux comprendre.
- Mais qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ?
- C'est à ça qu'on reconnaît les boxeurs. Ceux qui sont plus doués pour autre chose, ils font autre chose. Ils devraient en tout cas. "

Ce que cela coûte est bien plus qu'un grand roman sur la boxe. C'est le roman de la passion pour son art, pour son métier, par ces hommes et ces femmes dont l'humilité les pousse toujours plus en avant dans une quête éperdue de maîtrise de soi; cela au mépris de toute récompense venant sanctifier les efforts investis.
W.C Heinz dresse le portait d'un héros moderne à la figure émouvante, qui nous rappelle que si la maîtrise parfaite n'est pas atteignable elle reste néanmoins un horizon indépassable.

Martin

"- C'est une sensation formidable. D'un coup, vous savez. Chaque mouvement vous fait du bien. Votre cerveau démarre au quart de tour. Quand ça se passe comme ça pendant un match, c'est la meilleure sensation de toute votre vie. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça.
- Je comprends, Eddie. Il me semble que tout le monde, quel que soit son métier, a ressenti ça au moins une fois à un moment. C'est la raison pour laquelle on s'obstine tous. "

Jessica Bruder

J'ai Lu

8,40
par (Libraire)
30 novembre 2020

Corvéable à merci

"Si tu ne peux pas augmenter ton salaire toi-même, pourquoi ne pas supprimer ton plus gros poste de dépense ? Troquer tes quatre murs contre une maison roulante ?"

La crise de 2008 a amené dans son cortège de faillites un nombre record de saisies immobilières chez des Américains appartenant à la classe moyenne blanche. N'ayant plus rien à perdre mais ne pouvant pas cesser de rêver à une vie meilleure, ces nomades (souvent très âgés) des temps modernes décident de prendre la route pour aller de jobs saisonniers en travail intérimaire divers.

Jessica Bruder, journaliste et reporter, notamment au New York Times et enseignante à Columbia, a enquêté pendant plusieurs années auprès de ces damnés de la Grande Récession.
Leur destin n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui des "Okies" de la Grande Dépression des années 30, magnifiquement peint par Steinbeck dans Les raisins de la colère et documenté par les photographies de Dorethea Lange.

Gardiens de campings, caissiers de parcs d'attraction et surtout intérimaires pendant les rush de fin d'année dans les entrepôts du géant Amazon, ces "workampers" (contraction de campers et workers) ont su d'une condition subie faire une force en développant des aspirations et une sous-culture autonomes du reste de la société américaine.

Le constat reste néanmoins terrible et nous interpelle sur les conséquences possibles d'une nouvelle crise économique sur les classes populaires et moyennes occidentales.

Martin

"Quelles autres mutations - ou contorsions - du tissu social apparaîtront dans les années à venir ? Combien d'individus seront broyés par le système, et combien trouveront le moyen d'y échapper ?"

16,00
par (Libraire)
30 novembre 2020

Une ville en ébullition

Odyssée rocambolesque dans un Tunis post Ben Ali, invasion de chats et d'hélicoptères artisanaux sont au menu de ce premier roman à l'atmosphère étrange et survoltée.

Magma Tunis c'est tout cela mais c'est avant tout un très beau portrait de la jeunesse de ce pays, de sa soif de liberté et de ses désirs parfois triviaux à travers la figure de Ghaylène, urbaniste neurasthénique et complètement à côté de ses pompes.

La satire des prétentions artistiques d'une certaine nouvelle élite et le comportement ridicule d'institutions étatiques paranoïaques et dépassées a achevé de me convaincre.

J'ai suivi avec énormément de plaisir les tribulations de Ghaylène dans une ville en pleine surchauffe, loin des clichés habituels sur les malheurs des sociétés civiles post-Printemps Arabes.

Un texte éminemment politique, sans complaisance ni naïveté pour ses personnages et la société dans laquelle ils évoluent.

Martin

" Un chameau tué dans l’explosion d’une mine : un troupeau de chameaux s’est introduit mardi matin sur un terrain près des montagnes de Ouergha, dans les environs de la ville du Kef, où sont encore enfouies des mines posées par des terroristes, a indiqué le ministère de l’Intérieur », avait-il fini par lire, au stade terminal de ses rêveries bercées par des chansons de Chadli Hajji, lorsqu’un bruit sec avait résonné. Lui avaient succédé des martèlements mécaniques dans lesquels Ghaylène avait reconnu une catastrophe imminente : un chantier démarrait près de ses oreilles, tout ce qu’il redoutait en somme ! L’équilibre de sa vie menaçait de se rompre parce qu’un voisin avait eu l’idée saugrenue de faire des travaux chez lui. "