Horaires d'été, du 27 juillet au 21 août
10h30 - 13h30
14h45 - 19h30 

La Contre Allée

12,00
par (Libraire)
30 novembre 2020

Dans les entrailles du capitalisme

Dans le cadre d'une résidence littéraire, Maylis de Kerangal, l'autrice de Naissance d'un pont, s'est envolée pour Kiruna, en Laponie suédoise. Ce territoire désigne à la fois la plus grande mine de fer de au monde et la ville qui en dépend.

"J'ai voulu descendre dans la mine, passer la tête sous la peau de la planète comme on passe la tête sous la surface de la mer afin d'entrer dans une autre réalité aussi déterminante et invisible que l'est l'intérieur du corps humain. J'ai voulu vivre cette expérience, j'ai voulu l'écrire : je suis partie à Kiruna. "

Relatant ses impressions et ses rencontres dans ce carnet de bord, elle interroge la relation d'interdépendance entre la ville et la mine à travers les époques, un site industriel au besoin de main-d'œuvre toujours constant pour fouiller plus profondément la terre.

" Aujourd'hui, la zone de travail de la mine descend à 1365m de profondeur, distance calculée depuis le sommet de la Kiirunavaara."

Dans la veine de la narrative non-fiction, Maylis de Kerangal dévoile avec brio la conjonction entre le développement du capitalisme industriel et l'aventure individuel qui ont contribué à façonner ce gigantesque gouffre en activité depuis plus d'un siècle et menaçant aujourd'hui d'engloutir la ville de Kiruna au point de nécessiter son déménagement.

Elle dresse aussi une galerie de portraits féminins épatants, d'Ing-Marie la foreure de mine à Alice la géologue française, pointant l'ambivalence de la mine dévoreuse de chairs autant que facteur d'émancipation.

Un texte passionnant que j'ai lu d'une traite, tant j'ai été embarqué par l'enquête étourdissante de cette autrice dont le talent pour l'exploration et la description de lieux à la forte charge symbolique est ici éclatant.

Martin

" Depuis quelques années, les Sàmis multiplient les mouvements de protestation, et dénoncent la mainmise économique et politique de LKAB sur leur territoire. À rebours de la première mondiale fascinante vantée dans les médias, ils voient le déménagement de Kiruna comme une conséquence sinistre de la prolifération minière et de la pression ultralibérale que connaît la région. La preuve topographique que l'on est ici dans l'une des ruines du capitalisme. "

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