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Librairie N.

13,00
Conseillé par (Libraire)
6 décembre 2020

Merveilleux

Frédéric Arnoux nous propose ici un texte percutant et une langue fascinante dès la première page.

Dans un univers de déclassés où la débrouille le dispute à l'horreur du quotidien, vous aurez l'impression d'assister à la rencontre d'Holden Caulfield et de Lennie Small en découvrant l'histoire du narrateur et de son meilleur ami Kiki.

Les détails de ce monde de merde, rouillé et déglingué, que ce soit l'activité de Kiki dans la ville des dentistes, la fabrication de rats empaillés à l'artisanale, les arbres et les algues géantes, la consommation d'alcool à 90°, les suicides quotidiens par chute des immeubles, etc, absolument tout est emprunt d'une violence parfois absurde qui ne peut laisser indifférent et pourra rebuter certains lecteurs.

Nous sommes définitivement entre Les Saisons et Des souris et des hommes. Grosse claque qui ne vous laissera pas indemne.

Martin

"Ses deux poings, c’est tout son savoir-faire. Deux étoiles filantes en plein jour. Même pas le temps de faire un vœu tellement ça va vite. Direct uppercut crochet, peu importe, Kiki c’est un autodidacte, il a jamais étudié les classiques. Droite ou gauche, ça fait aussi mal des deux. Difficile de deviner qui va s’en prendre une, ça part au hasard. Jamais à la tête du client parce qu’il déteste personne en particulier. Pourtant il a l’œil. Il le sait, s’il tape droit devant lui, y’a rien à voir, le type part raide à la renverse comme un manche à balai. S’il cogne sur le côté, droit ou gauche on s’en fout, les dents giclent de la bouche comme un coup de fusil. La première fois, même lui a eu peur. Maintenant, il prévient pour que les gens autour s’écartent. Il veut pas les blesser. Pas comme ça en tout cas. Là forcément, ce ne sont pas les dents qui font le spectacle. Le type tourne sur lui-même, fait un pas sur le côté, deux trois autres en zigzag, un petit pas chassé, vacille, refait un pas en arrière et s’écroule sur lui-même les yeux complètement à la retourne. C’est pas tout le temps dans cet ordre mais y a toujours un peu de tout ça."

Conseillé par (Libraire)
6 décembre 2020

Réécrire l'Europe

"[...] j'en avais ma claque de tous ces trains et de tous ces avions qui vous parachutent de gare en gare et de tarmac en tarmac sans vous faire voir du pays. Non, traverser l'Europe à vélo. Histoire d'en voir pour de bon, du pays."

D'Odessa à Strasbourg, en passant par Galati, Ada Kaleh, Novi Sad et Vienne, c'est à une véritable odyssée européenne que nous convie ce récit d'arpentage à contre-courant du Danube. Sur plus de 4000km, Emmanuel Ruben et son "ami" Vlad ont pédalé, sué, observé et discuté avec ces habitants des lisières communautaires, de Viktor le pêcheur Lipovène à Gabor l'hôte hongrois. Il conjugue ainsi ses trois passions, la petite reine, la géographie et l'écriture, la première donnant son tempo à ce récit-fleuve.

. "[...] le plus dur, c'est de trouver le bon rythme, disait Vlad, si tu ne trouves pas d'emblée ton propre rythme, c'est fichu, tu chopes un point de côté, tu te mets dans le rouge, il faut savoir doser, ne pas se griller d'avance, mouliner sans forcer, en garder sous la pédale... "

À contre-courant du Danube de Claudio Magris, inspiré par la nostalgie d' une Mittleuropa austro-hongroise, à contre-courant aussi d'une Europe bruxelloise, technocratique et "suissifiée" , Emmanuel Ruben nous fait remonter le fil d'une autre Europe en partant de ses confins. Après la Grande Bordurie de La Ligne des glaces, quoi de mieux alors que le Danube, un fleuve traversant dix pays européens, un fleuve qui relie autant qu'un fleuve servant de frontière, pour convoquer et explorer la géographie et l'histoire d'un continent ?

Emmanuel Ruben nous livre ici son Magnum opus, un récit-fleuve polychrome, comme le sont les eaux du Danube rarement d'un bleu pur, et le constat d'une Europe à la dérive, se reposant sur ses acquis et son confort de forteresse assiégée, qui reste plus que jamais à réinventer.

Lectrices, lecteurs, bienvenue en Danubie.

Martin

Conseillé par (Libraire)
30 novembre 2020

Dans la dèche à Montréal

L'addiction au jeu, la dure, la vraie. Cette perte de soi qui fait jouer l'argent du loyer, de la famille, des amis, dans des machines à sous de rades paumés. C'est pour tenter d'enrayer cette spirale infernale de mensonges et de luttes vaines que le narrateur de ce puissant roman d'apprentissage, alors jeune étudiant en graphisme à Montréal, va s'engager à faire la plonge dans un grand restaurant.

" J'ai misé mon dernier jeton, prédisant l'égalité. J'ai pensé, dans un sursaut abject de mon cerveau délirant, que j'allais me refaire d'un seul coup. C'est le côté joueur qui a gagné. Le croupier a ramassé mon jeton. J'ai cédé ma place à un autre joueur et j'ai erré sans but, les jambes broyées, dans les salles de jeu, à regarder les autres gagner, accumuler des jetons. Je n'arrivais pas à former une seule pensée. Je n'aurais pas su dire comment je m'appelais. J'allais dans le casino, anéanti. J'étais en mouvement, mais à l'intérieur de moi il n'y avait rien, ni sensation ni langage, un abîme de nuit et de vide. "

Sous la protection de Bébert, un cuistot à l'appétit de vivre herculéen, brûlant sa vie entre des heures sup et des fin de soirées interminables, le narrateur va tenter de s'intégrer à ce nouveau monde et de survivre en se tenant éloigné de la tentation grisante d'effacer ses dettes sur un coup de dés.

On pense inévitablement au Joueur de Dostoievski dans cette danse au bord de l'abîme, mais aussi au Orwell de Dans la dèche à Paris et à Londres pour ses descriptions cauchemardesques et néanmoins réalistes du fonctionnement d'une cuisine et des équipes qui y naviguent.

Le Plongeur débarque en France en janvier 2019, précédé d'un nombre de prix faramineux et d'un immense succès en librairie au Québec. Je ne peux que recommander la lecture de ce roman d'apprentissage sombre au rythme haletant et aux dialogues crus et savoureux.

Martin

" Dans la cage d'escalier résonnaient déjà les bruits du premier service. C'est une rumeur que j'apprendrais à décoder vite. Portes de four et de frigo qui se referment avec un choc sourd. Ustensiles et porcelaine galvanisée qui s'entrechoquent dans les bacs à vaisselle sale. Ventres de poêlons qui raclent la fonte des ronds de four. Cuisiniers qui se gueulent des temps de cuisson, qui coordonnent les plats chauds et les plats froids. Et derrière, plus lointaine, la clameur de la salle à manger déjà bondée. On a entendu Renaud descendre les premières marches et crier à Bébert de se déniaiser. - Ta gueule, tapette, je suis après faire ta job ! Bébert avait beuglé sa réponse avec tellement de puissance que je me disais que même les clients à l'autre bout du restaurant devaient l'avoir entendu. Mais en fait je comprendrais très tôt que dans la cuisine ça criait, ça gueulait, et les clients n'entendaient jamais rien de ça. "

138 femmes de lettres oubliées

Table Ronde

22,00
Conseillé par (Libraire)
30 novembre 2020

Invisibilisées

Après Une forêt cachée publié en 2013, dédié pour une large part à des auteurs injustement tombé dans l'oubli, Éric Dussert répare lui-même cette injustice en proposant 138 notices biographiques qui sont autant de portraits d'autrices d'un intérêt majeur.

D'Anne Commene la Byzantine à Charlotte Dacre la pionnière des romancières gothiques, de la belge Neel Doorf que la pauvreté révolta, de la bourlingueuse Martha Gellhorn à Patricia Galvao la communiste brésilienne, l'auteur dresse un panorama riche et varié à travers les époques et les continents, évitant ainsi l'écueil de l'ethnocentrisme.

Femmes de pouvoir, aristocrates tenant salons, exploratrices dans le sillage de la colonisation ou autrices professionnelles vivant de leur plume sous leur vrai nom, chacune de ces femmes a marqué son époque avant de sombrer dans l'oubli, au point que l'on constate souvent que leurs textes sont indisponibles (voir perdus).

En exhumant ces vies et ces œuvres par un patient travail d'enquête littéraire, Éric Dussert fait œuvre d'honnête homme et vient réparer un oubli scandaleux en même temps qu'il nous laisse une mine précieuse de lectures potentielles pour l'avenir, à compulser régulièrement.

Martin

La Contre Allée

12,00
Conseillé par (Libraire)
30 novembre 2020

Dans les entrailles du capitalisme

Dans le cadre d'une résidence littéraire, Maylis de Kerangal, l'autrice de Naissance d'un pont, s'est envolée pour Kiruna, en Laponie suédoise. Ce territoire désigne à la fois la plus grande mine de fer de au monde et la ville qui en dépend.

"J'ai voulu descendre dans la mine, passer la tête sous la peau de la planète comme on passe la tête sous la surface de la mer afin d'entrer dans une autre réalité aussi déterminante et invisible que l'est l'intérieur du corps humain. J'ai voulu vivre cette expérience, j'ai voulu l'écrire : je suis partie à Kiruna. "

Relatant ses impressions et ses rencontres dans ce carnet de bord, elle interroge la relation d'interdépendance entre la ville et la mine à travers les époques, un site industriel au besoin de main-d'œuvre toujours constant pour fouiller plus profondément la terre.

" Aujourd'hui, la zone de travail de la mine descend à 1365m de profondeur, distance calculée depuis le sommet de la Kiirunavaara."

Dans la veine de la narrative non-fiction, Maylis de Kerangal dévoile avec brio la conjonction entre le développement du capitalisme industriel et l'aventure individuel qui ont contribué à façonner ce gigantesque gouffre en activité depuis plus d'un siècle et menaçant aujourd'hui d'engloutir la ville de Kiruna au point de nécessiter son déménagement.

Elle dresse aussi une galerie de portraits féminins épatants, d'Ing-Marie la foreure de mine à Alice la géologue française, pointant l'ambivalence de la mine dévoreuse de chairs autant que facteur d'émancipation.

Un texte passionnant que j'ai lu d'une traite, tant j'ai été embarqué par l'enquête étourdissante de cette autrice dont le talent pour l'exploration et la description de lieux à la forte charge symbolique est ici éclatant.

Martin

" Depuis quelques années, les Sàmis multiplient les mouvements de protestation, et dénoncent la mainmise économique et politique de LKAB sur leur territoire. À rebours de la première mondiale fascinante vantée dans les médias, ils voient le déménagement de Kiruna comme une conséquence sinistre de la prolifération minière et de la pression ultralibérale que connaît la région. La preuve topographique que l'on est ici dans l'une des ruines du capitalisme. "